Jeanot Rabeson                                                                         

Premier rendez-vous

Love Is Here to Stay, Tea for Two,

Insensiblement, Just One ofThose Things,

Waltz for Debbie, Lush Life, This Could Be    

thé Start ofSomething Big, Willow Weep for

Me, Premier rendez-vous, Daahoud, Sweet

Lorraine, Mélodie en Fa, Cake Walk

Jeanot Rabeson (p)

Enregistré le 17 juillet 1998, Bayonne

Durée: 54' 28"

Jazz aux Remparts 64202 (Night & Day)

Pour ce deuxième volet des enregis­trements au cloître de Bayonne (le premier était dévolu à Shirley Scott), Dominique Burucoa a choisi une autre curiosité, Jeanot Rabeson, pourtant fort accessible puisque ce natif de Madagascar réside en France. Une curiosité car à 65 ans, cet excellent pianiste n'a que peu enregistré et pas sous son nom. A l'écoute de ce disque, on peut le regretter et constater à nouveau qu'il manque à notre pays des producteurs connaisseurs du jazz. Dominique Burucoa sauve donc l'honneur et son texte de pochette dit beaucoup de choses sur le pianiste et notamment, pour paraphraser, que Jeanot Rabeson est une belle synthèse de l'histoire du piano jazz, dans la tradi­tion de ces grands pianistes (la plu­part du temps solistes ou en trio) qui fleurissent aux Etats-Unis : les Hank Jones, Oscar Peterson, Tommy Flanagan, Ahmad Jamal, Barry Harris, James Williams, Ray Bryant, Kenny Barron, John Hicks, etc. Sans prétendre à une telle quantité de talents, la France possède un petit vivier dont les plus beaux représen­tants sont Michel Sardaby, Alain Jean-Marie... et Jeanot Rabeson. Pianistes des îles, même si les ori­gines géographiques sont diverses, ils possèdent des qualités qui les dis­tinguent: l'aisance rythmique qui naît de la culture et l'enracinement né d'un apprentissage qui mêle un savoir appris rigoureux (la musique classique et une part du jazz) et un savoir populaire (l'autre part du jazz et les musiques traditionnelles) déter­minant pour les accents, le toucher et l'imagination. Tout cela leur donne une grande liberté, à l'instar des pia­nistes cubains (Chucho Valdés) et américains, et une poésie particulière qui est étrangement proche des racines du jazz, tant sur la forme que sur le fond. Jeanot Rabeson nous en donne ici un excellent exemple, et dans un exercice d'enregistrement en solo, non préparé car il n'en a été convenu qu'au moment du concert, il nous gratifie d'une heure de belle musique, naturelle et élégante, émaillée de tous ses amours et d'une culture qu'on sent grande. L'en­semble de ce CD est remarquable. Le bon texte de livret détaille ses influences auxquelles on pourrait rajouter Phineas Newborn et bon nombre de pianistes ou musiciens qui ont illuminé la jeunesse de Jeanot Rabeson, comme le choix du réper­toire en atteste. On félicite donc le label Jazz aux Remparts pour son rôle de talent pionner in thé tradition, même s'il s'agit ici de pia­nistes évidents puisque résidant à Paris, dont le défaut est sans doute le revers d'une qualité culturelle qui embellit leur musique : une sorte de modestie fière et exigeante.

Yves Spartis

Jazz Hot  N° 576 Novembre 2000